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Octonovo




Dernière mise à jour
le 30 juin 2005


Interviews
 

Interview du père Gilles SEMENOU
(Le 6 mai 2003)

Le père Gilles SEMENOU est prêtre du diocèse de Carcassonne, historien de formation et s’est intéressé à l’affaire de Rennes le château. Il est responsable du service diocésain « Pastorale et Nouvelles croyances » et c’est à ce titre qu’il intervient parfois de façon plus officielle pour ce qui concerne l’actualité de Rennes.

Octonovo : Concernant l’affaire de Rennes le château, la position de l’église est au centre de nombreuses théories. Il existe un certain nombre de questions. Quelle est votre position concernant les plus «surprenantes» :

-         La théorie de la tombe du Christ ?

Gilles SEMENOU : Concernant l’attitude à avoir à l’égard de ces théories, j’essaie d’avoir un raisonnement historique plutôt que de présenter d’emblée un argument d’autorité issu de ma foi chrétienne, c’est-à-dire que je considère avant tous les « documents », lorsqu’il en existe, censés fonder telle ou telle hypothèse.

Cette théorie du tombeau de Jésus est relativement récente dans l’affaire de Rennes. On est d’abord parti de la recherche d’un trésor matériel (dans les années 1960) jusqu’aux hypothèses les plus audacieuses , sinon farfelues - concernant des « secrets historiques ». L’une d’entre elles concerne Jésus-Christ enterré dans les environs de Rennes le château  avec Marie-Madeleine pour certains ! Cela est récent dans la bibliographie consacrée à Renne et remonte à une vingtaine d’années environ. Il est intéressant de constater l’évolution des centres d’intérêt dans la recherche autour de Rennes : on est passé d’un trésor matériel vers un trésor immatériel et spirituel au point que certains ne se contentent plus de la tombe du Christ et vont jusqu’à chercher des signes de vie extra-terrestre.

Les personnes qui défendent actuellement ces thèses n’ont pas souhaité faire expertiser leurs écrits dont la facture m’a semblé trop moderne lorsque j’en ai eu quelques-uns en main. Il est d’autant plus facile de soutenir sa propre théorie lorsqu’on est le seul à détenir de soi-disant documents censés la défendre! Du point de vue de la méthode, et même de la déontologie, cela témoigne du peu de crédit accordé par ces personnes à la véritable démarche scientifique.

-         La théorie du secret religieux qu’aurait découvert l’abbé SAUNIERE

GSE : Cela est lié à la question précédente. Il n’y a pas davantage de fondements historiques à cela. D’autant que quand on consulte les archives de l’évêché, on pourrait être surpris de voir que même au cours de son procès, Bérenger SAUNIERE manifeste un réel attachement à l’Eglise, soucieux de demeurer en communion avec son évêque.

-         Et pour finir (de rire), existe t’il un complot actuel de l’église contre l’affaire de Rennes le château ?

GSE : L’église a aujourd’hui bien d’autres priorités, et Rennes le château n’est pas le centre du diocèse...

Il me semble important de préciser que toutes les pièces que détient  l’évêché relatives à « l’Affaire » ont été publiées par différents auteurs. En fait, le dossier « Bérenger Saunière » est assez mince comparé à l’intérêt qu’on porte au personnage aujourd’hui.

89 : Concernant l’affaire historique proprement dite, on dit que Monseigneur de BEAUSEJOUR reconnaissait à l’époque que l’accusation de trafic de messes à l’encontre de Bérenger SAUNIERE n’était qu’un prétexte. Est-ce que vous considérez que ces accusations étaient fondées ?

GSE : Le trafic, c’est une des raisons  possibles pouvant expliquer son enrichissement. On ne peut évacuer l’hypothèse d’un détournement d’honoraires de messes, même si cela n’a jamais été vraiment prouvé.  Il est toutefois difficile de le nier en bloc, même si cela n’est pas forcément la cause unique de sa fortune. Pour ses paroissiens, il passait pour un bon curé.  Mais on ne peut se fonder sur la seule opinion des voisins pour en déduire nécessairement son intégrité vis-à-vis de l’argent. L’appât du gain peut exister chez tout homme, donc chez un curé. C’était cela que voulait éclairer Mgr de BEAUSEJOUR.

Il me semble toutefois important de noter que sa moralité  n’a jamais été mise en cause à l’époque. Les images d’un curé fêtard n’apparaissent pas parmi les accusations du procès.

89 : D’après de nombreux auteurs, Monseigneur BILLARD avait des pratiques financières condamnables. Quel souvenir a laissé cet évêque ?

GSE : Bien peu de souvenirs. Il ne fut pas un évêque laissant une empreinte profonde dans son diocèse.

89 : On a l’impression qu’après Les «égarements» de Monseigneur BILLARD, la nomination de Monseigneur de BEAUSEJOUR a correspondu à la volonté d’un retour à l’éthique et que son acharnement contre l’abbé de Rennes le château est lié à la complicité qui unissait les deux hommes ?

GSE : Je n’ai pas d’élément de réponse, ignorant quelles étaient les véritables relations entre Bérenger SAUNIERE et Monseigneur BILLARD. Qu’en est-il de la soi-disant « complicité » entre les deux hommes ? Ce n’est pas parce que l’évêque était allé à Rennes bénir une croix qu’on peut en déduire qu’ils étaient liés d’une façon particulière. Les curés étaient nombreux à l’époque : chaque paroisse avait le sien et rarement ceux-ci  traitaient directement avec leur évêque, mais plutôt avec les vicaires généraux. Je n’ai trouvé aucune preuve de l’amitié qui les aurait unis. D’ailleurs les travaux de la villa Béthanie sont réalisés au moment ou Mgr BILLARD est âgé, malade et de plus en plus étranger au gouvernement du diocèse. En outre à l’époque il existe de nombreux curés qui ont la «maladie de la pierre» dans la région. Un curé bâtisseur , même sans être aussi exubérant que SAUNIERE , ce n’était pas une nouveauté.

89 : Est-ce que le procès de l’abbé est bien allé jusqu’à Rome ?

GSE : Bérenger SAUNIERE lança effectivement une procédure d’appel à Rome. Mais il ne se rendit pas en personne au Vatican.

89 : Est ce vraiment un fait étonnant ou est ce normal et courant dans ce type de procédure ?

GSE : C’était une possibilité qui lui était offerte d’après le droit ecclésiastique d’en appeler au Pape par dessus le jugement de son évêque.

89 : L’abbé SAUNIERE avait un frère abbé lui aussi, qui a été mis à la retraite dès 1894. Avez vous des informations sur les raisons de cette mise à l’écart par Monseigneur BILLARD ?

GSE : Alfred me semble important dans l’histoire. Car finalement, s’il y a un mystère « abbé SAUNIERE », c’est sans doute du coté d’Alfred qu’il faudrait davantage creuser pour y voir plus clair. Son histoire est mal connue, peu étudiée, et on a du mal à cerner encore cette personnalité qui semble avoir été intrigante et instable. Etait-il même en possession de toutes ses facultés mentales ? On peut s’interroger.

89 : Pour en revenir à l’époque actuelle, que pense l’évêché de l’affaire de Rennes ?

GSE : Comme je vous l’ai déjà dit, l’histoire de Rennes le château n’est pas à l’ordre des préoccupations majeures de l’Eglise de Carcassonne aujourd’hui. D’ailleurs une connaissance moins livresque et plus en contact avec le terrain montrerait aux chercheurs que l’Eglise a bien d’autres centres d’intérêt que de cultiver la mémoire d’un curé turbulent de Rennes il y a un siècle.

89 : Concernant les travaux du professeur EISENMANN, il a été dit que c’est l’évêché qui s’opposait au dossier d’autorisation de fouilles. Quels sont les droits de l’évêché sur l’église de Rennes le château actuellement ?

 GSE : L’Eglise est simplement affectataire du bâtiment mais elle n’en est pas propriétaire. Le bâtiment, propriété communale -  est mis à sa disposition pour le culte, en vertu de la loi de 1905.

 89 : Quelle est la position de l’évêché concernant ces fouilles ?

 GSE : Si des fouilles s’avéraient nécessaires pour approfondir l’histoire, la vraie - du site, l’Eglise n’aurait aucune raison de s’y opposer, bien au contraire. La découverte sous l’église d’une crypte, d’un site paléo-chrétien ou même pré-chrétien serait une excellente chose si cela permettait une meilleure connaissance historique du site. Il faudrait sortir de cette vieille problématique selon laquelle la foi et la science s’opposeraient. Nous ne sommes plus, Dieu merci ! à l’époque de Galilée. Être croyant ce n’est pas suicider sa pensée.

 89 : Pour vous, le trésor de Rennes le château, c’est quoi ?

 GSE : Du point de vue économique ce sont bien sûr les touristes.  Du point de vue de l’histoire ce sont les vestiges d’une implantation humaine certainement fort ancienne et qui n’a pas encore été exhumée en son entier. Je souhaiterais que les fouilles du  Pr. EISENMANN débouchent sur des découvertes intéressantes relatives au passé de Rennes.

 89 : La question que vous auriez aimé que je vous pose

GSE : Comment Bérenger SAUNIERE était-il perçu par ses paroissiens ?

GSE : Je pense que ses diverses démêlées avec le conseil municipal montrent sa forte personnalité. Un homme peu facile à vivre.  Toutefois, c’était un curé dont le zèle pastoral n’a jamais été mis en cause par ses ouailles. Et c’est sans doute un témoignage de profonde humanité chez cet homme aujourd’hui trop souvent décrié.

Interview réalisée le 6 mai 2003 à Limoux

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