Interview de M. Antoine CAPTIER
Aout 2001
OCTONOVO: Monsieur Antoine CAPTIER, vous êtes né en
1937 à Rennes-le-Château d'une famille du village, votre grand
père connaissait bien l'abbé SAUNIERE, vous êtes marié avec
Claire CORBU avec qui vous avez écrit un livre sur l'affaire
(1) qui reprend de nombreux fac-similés
de documents originaux en votre possession...
Antoine CAPTIER: Ma famille est installée à Rennes-le-Château
depuis au moins le XVIIe siècle. Certains de mes
ancêtres ont été hommes de confiance des nobles du village.
Ils ont été un temps propriétaires du château mais aussi maire
du village à plusieurs reprises.
Quand j'étais petit, on disait de l'abbé qu'il avait trouvé
un trésor grâce aux papiers que lui avait remis mon arrière
grand-père. Remarquez bien que ces documents n'avaient peut-être
aucune valeur.
J'ai personnellement connu mademoiselle Marie, mais j'étais
jeune. Au début elle n'était d'ailleurs pas très liante. Elle
était pauvre à cette époque. Les recherches ont vraiment commencé
avec M. Noël CORBU car elle disait souvent aux gens du village
"Vous marchez sur de l'or...".
Bérenger SAUNIERE était un homme autoritaire et radin. Il
était souvent soutenu par les notables du village et le conseil
municipal mais plutôt en froid avec les autres habitants du
village. Je ne veux pas dire qu'il était un homme méchant
non plus, soyons bien clairs. Par exemple, pendant la guerre
il s'est occupé des jeunes gens du village montés au front,
leur écrivait et parfois leur envoyait de l'argent.
Il choquait par sa richesse et son train de vie, mais les
gens le craignaient.
89: Racontez moi les débuts de la chasse au trésor.
ACA: il y a des gens qui venaient avant M. CORBU,
mais ils étaient très discrets et n'ont pas laissés beaucoup
de souvenirs.
L'affaire démarre vraiment avec monsieur Noël CORBU qui à
la mort de Marie DENARNAUD devient propriétaire du domaine
qu'il décide de transformer en Hôtel (2)
et développe l'histoire. Lui même y croyait puisqu'il a entrepris
des recherches et fait venir Robert CHARROUX et son club des
chercheurs de trésor.
Il y avait des gens qui travaillaient de façon empirique,
ou qui avaient des documents.
89: Pierre Plantard par exemple?
ACA: Dans un papier de 1959, Monsieur CORBU était
déjà en contact avec monsieur PLANTARD. Il ne dit pas pourquoi
il venait à Rennes-le-Château ni comment il avait eu connaissance
de l'histoire.
89: et Monsieur DOMERGUE?
ACA: Monsieur DOMERGUE était un magnétiseur qui venait
chaque année et a fait la majorité des trous qui datent de
cette époque (3).
89: Gérard de SEDE?
ACA: Il a sorti son livre en 1967 (4),
mais il est venu très tôt à Rennes-le-Château. il connaissait
déjà Pierre PLANTARD avec l'affaire de Gisors.
Pierre PLANTARD avait des documents concernant l'affaire,
vrais ou faux... Ce qui est ennuyeux, c'est que Gérard de
SEDE ne donne jamais ses sources.
Son livre a vraiment amené du monde à Rennes. Le restaurant
de mon beau-père marchait alors très bien, mais sans commune
mesure avec ce qui a suivi.
Dans la clientèle d'alors, on trouvait le frère de Déodat
ROCHE, qui a soigné Bérenger SAUNIERE et son autre frère qui
était le notaire de l'abbé. il y avait aussi plein de néo-cathares
qui venaient ici en pèlerinage à l'époque.
89: Déodat ROCHE s'est intéressé à Rennes-le-Château?
ACA: Oui, il s'y est intéressé, mais on ne sait pas
pourquoi.
89: Vous avez hérité de beaucoup de documents concernant
l'affaire.
ACA: Bérenger SAUNIERE était un prêtre à deux facettes
dont une qu'on ignore largement. On sait par exemple qu'il
se déplaçait, mais on ne sait pas où: Lyon? Perpignan?
Paris? L'Autriche?
Monsieur DOUZET dit avoir des traces de lui à Lyon. Mademoiselle
Marie possédait une petite tour Eiffel...
89: Qu'est ce que vous possédez comme fond documentaire?
ACA: Environs 1000 papiers ou lettres, des feuillets
qui retracent les travaux (car Bérenger SAUNIERE marquait
tout), de la correspondance privée, environs 400 lettres sur
le procès. Ces documents ont souvent été publiés dans des
livres, dont un certain nombre dans le nôtre.
Il nous manque des périodes. De plus, une partie du fond
a été dispersée entre plusieurs personnes qui malheureusement
ne veulent pas, elles, les publier.
89: Une trace des relations que Bérenger SAUNIERE
pouvait entretenir avec son homologue de Rennes-les-Bains,
l'abbé BOUDET?
ACA: Très peu. Des messes et dans ses carnets il note
recevoir des lettres de lui, mais que nous ne possédons pas.
Il en va de même avec l'abbé GELIS.
Je suis assez séduit par l'idée de leurs relations au sein
des AA, ce qui ferait une filiation entre POUSSIN et Rennes-le-Château.
89: Pour vous ces curés appartenaient à cette société
secrète des AA?
ACA: C'est une société catholique particulièrement
secrète et discrète. Il n'y a pas de traces formelles de cette
appartenance.
89: Votre livre, publié en 1985 est pour moi l'un
des meilleurs et des plus sérieux publiés concernant l'affaire.
ACA: C'est un livre de base dans le sens ou il ne
développe pas particulièrement de thèses, mais qui expose
des faits tels que nous les connaissons. Beaucoup de gens
nous écrivaient pour nous poser des questions. Nous l'avons
écrit pour donner les éléments essentiels en notre possession.
89: Vous allez lui donner une suite?
ACA: Soyons clairs, nous ne possédons rien d'extraordinaire
qui indiquerait l'emplacement d'un trésor ou le secret de
l'abbé. Marie DENARNAUD a brûlé beaucoup trop de papiers.
Mais on complétera peut être par un ouvrage pour améliorer
la connaissance que l'on peut avoir des faits.
89: Que pouvez vous me dire sur les relations entre
Bérenger et Alfred SAUNIERE?
ACA: Ils n'ont pas toujours été en bonnes relations,
en particuliers à la mort de leur mère.
Par contre, après la mort d'Alfred, Bérenger réclame certains
biens de son frère avec insistance.
89: Pour vous le trésor, c'est quoi?
ACA: Il a trouvé de l'or, c'est incontestable, dans
les tombes ou en dépôt, mais pas en si grosse quantité. Ce
qui me semble important c'est le secret qu'il a percé, dont
on a pas particulièrement d'idée, mais qui a fait venir tous
ces nobles et personnages importants à Rennes-le-Château.
secret enterré par l'abbé BIGOU à la révolution.
89; La question que vous auriez aimé que l'on aborde?
ACA: J'aurais aimé que les gens qui possèdent des
documents en fasse état et qu'on crée une structure pour partager
et faire avancer l'histoire, car l'affaire de Rennes le château
ressemble trop à un puzzle. (5)
(1) L'héritage de l'Abbé SAUNIERE.
Éditions Bélisane 1985.
(2) L'hôtel de la Tour.
(3) Les années 1950-60
(4) L'or de Rennes, ou la vie
insolite de Bérenger Saunière curé de Rennes-le-Château. Julliard
1967.
(5) Il va sans dire que je ne
peux que souscrire à cette idée et l'encourager!
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