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D'autre part j'ai perdu le contact avec la famille DE CHEFDEBIEN

Si quelqu'un pouvait nous remettre en relation.

Avec mes remerciements

Octonovo




Dernière mise à jour
le 30 juin 2005


Interviews
 

INTERVIEW DE GERMAIN BLANC DELMAS.
Habitant de Rennes le château et auteur d'un livre de souvenir.

Monsieur Germain BLANC-DELMAS est un habitant de Rennes le château, amoureux son village. Il est l'auteur de deux livres de souvenirs romancés, dont un consacré à sa jeunesse (1) (2). Arrivé à Rennes le château en 1948, fils du maire de l'époque, il a été un témoin privilégié des premières fouilles menées au village

OCTONONO : Vous arrivez en 1948, c'est à dire bien avant les premiers chercheurs. Comment était le village à l'époque ?

Germain BLANC-DELMAS : Il était surtout replié dans la vallée de l'Aude, sur ses activités agricoles (vignes, céréales) et quelques ouvriers travaillaient encore aux usines à chapeaux. A la veillée, on évoquait le souvenir de Bérenger SAUNIERE et de Marie DENARNAUD. Mais le sujet était simplement effleuré par rapport à tout ce qui s'en dit aujourd'hui. Les gens de l'époque l'avaient connu et en avaient conservé le souvenir d'un homme qui prenait nettement le pas sur son auditoire en prêchant parfois en patois occitan comme il le fit par exemple lors des élections législatives de 1885.

89 : On parlait déjà de la découverte d'un éventuel trésor à l'époque ?

GBD : Les rares gens qui montaient à Rennes le château se posaient déjà la question : comment il avait financé tout son domaine, villa, tours, jardins, terrains, train de vie... A la veillée quand nous évoquions l'affaire, l'auditoire était toujours interloqué, mais nous n'avions pas de réponse.

89 : Vous avez connu Marie DENARNAUD personnellement ?

GBD : Oui. Elle vivait chichement. Pendant longtemps elle a simplement survécut. Depuis la guerre de 14-18 et le décès de l'abbé elle vendait régulièrement les bibelots, meubles, livres etc. qu'elle échangeait contre quelques nourritures.

1948, c'est aussi la date de l'arrivée au village de Monsieur Noël CORBU et de sa famille. L'histoire est connue : Il faisait très chaud et il est allé demander un verre d'eau au domaine. Marie DENARNAUD lui a alors raconté l'histoire du curé.

89 : Marie DENARNAUD vivait repliée sur elle-même ou était-elle une femme accessible ?

GBD : Elle était tout à fait accessible. Elle vivait avec ses souvenirs et avec monsieur René GUILHEM, l'ancien instituteur du village, qui avait pris pension chez elle. Cela qui lui permettait de gagner un peu d'argent. M. GUILHEM était peintre amateur. Il a fait plusieurs tableaux et miniatures sur Rennes, dont un avec Marie DENARNAUD qui sort de l'église.

89 : Elle parlait de son curé ?

GBD : Pas tellement en général. Mais à M. CORBU, elle disait : "vous verrez, je vous confierai un secret qui fera de vous un homme puissant". L'affaire est connue, elle est vraie.

89 : Quel souvenir l'abbé avait-il finalement laissé au village ?

GBD : Bérenger SAUNIERE laisse plutôt une bonne image. Celle d'un prêtre qui s'est bien occupé de son village et qui était proche des gens. En particuliers, durant la guerre qui a été une période particulièrement difficile, il a fait de nombreux dons à ceux partis comme soldats et aux miséreux. Cela se retrouve dans son carnet de correspondance de l'époque (3).

89 : A propos, vous dites dans votre livre que vous avez vu des ouvrages d'alchimie dans la bibliothèque de la tour. Avec tout ce qui a été raconté sur les éventuels penchant pour l'ésotérisme de l'abbé, vous confirmez l'information ?

GBD : Oui. Dans mon livre il y a une partie romancée et j'ai changé les noms des personnages, mais tous les événements que je raconte au sujet des chercheurs sont totalement réels.

89 : Il s'agissait plutôt des livres rares d'un passionné ou bien d'ouvrages généraux tel qu'il peu y en avoir de la bibliothèque de tout curieux ?

GBD : Cela, je ne suis pas capable d'en juger, ni d'ailleurs de me souvenir des titres. Mais Il y en avait, qui parlait de la transmutation des métaux. Personnellement je ne m'y intéressais pas.

89 : D'autre part, un bruit circule qui veut qu'au décès de l'abbé, un libraire lyonnais soit venu acheter tous les livres de l'abbé.

GBD : Je n'en ai jamais entendu parler. Il ne pouvait s'agir de l'ensemble car, comme je vous l'ai dit, Marie DENARNAUD a pendant longtemps survécut en vendant, petit à petit, les biens de l'abbé, dont ses livres. C'est d'ailleurs ce qui explique pour une bonne part la dispersion de son patrimoine.

89 : Revenons en à monsieur Noël CORBU. C'est lui qui a lancé l'affaire ?

GBD : Tout à fait. C'était une opportunité pour lui dans une France d'alors qui s'ouvrait à la découverte et au tourisme. Il a tout fait pour développer le mythe de Rennes le château en ré-inventant l'histoire. Il avait déjà fait quelques recherches archéologiques sur place en reconstituant le squelette "hispanique" qui a longtemps été exposé sous la terrasse du belvédère.

89 : C'est donc lui qui a attiré les premiers chercheurs ?

GBD : C'est en effet Noël CORBU qui a fait la première publicité à l'affaire. Il s'investit beaucoup pour cette histoire qui faisait une bonne publicité à son hôtel. Je relierais cette réponse à votre première question. Et puis il le sentaient près d'eux, car l'abbé exploitait une vigne qui produisait un excellent vin. C'est dire si Bérenger SAUNIERE était un bon vivant et à quel point il aimait le patrimoine local.

89 : Qui étaient les premiers chercheurs ?

GBD : Le tout premier à venir, c'est monsieur René DESCADEILLAS, qui vient loger chez mon père quelques temps. Il venait de Carcassonne en train et montait au village à vélo (Rires). Pour tout vous dire, j'étais un peu jaloux de ce beau vélo, étincelants, car je n'en avais pas moi-même.

Il est le premier à venir à Rennes le château. Il reprend le travail de monsieur GUILHEM, l'instituteur, qui avait classé les notes et documents historiques sur le passé de Rennes. Il en sortira un opuscule manuscrit qu'il donnera à mon père et sur lequel il retravaillera pour aboutir à son livre "Rennes et ses derniers seigneurs".

89 : Sur quelle documentation s'appuie t'il ?

GBD : Les archives de la mairie à l'époque.

89 : Quelles suites ont été données aux recherches de monsieur DESCADEILLAS ?

GBD : Hé bien ! Ensuite, émoustillé par ce qu'il avait découvert, il se décide avec COTTE, BRUNON, MALACAN et un radiesthésiste à entrer en action. Ils se servaient d'un pendule. L'hôtel de la tour était ouvert et marchait bien d'ailleurs. Ils commencèrent par ausculter le parc ou ils tombent sur un endroit curieux. Ils se rendent compte que le lieu a déjà été creusé. Leur ardeur en est décuplée. C'est alors qu'ils trouvent les fameux ossements qu'ils posent simplement sur le tas de terre qu'ils viennent d'enlever et un chien se met à les lécher ! Ils se rendent compte alors que ce sont des cadavres relativement récents. Ils avertissent le maire qui prévient la gendarmerie (4). Mais leurs travaux ne s'arrête pas là! Ils creusent un trou de 20 mètres de profondeur, qui leur coûte une somme considérable.

Par la suite, ils viennent trouver mon père pour lui demander l'accord de la mairie et du conseil municipal pour faire des fouilles dans l'église. Ils avaient aussi l'accord de l'évêché. N'ayant encore jamais été sollicité par les chercheurs, ils leur accordent l'autorisation sans imposer de témoins ce qui fût une erreur. Mais à l'époque, comme je vous l'ai dit, les gens du village travaillaient et n'auraient pas eu de temps à consacrer. Ils font des fouilles aux marches de l'autel, là où avait creusé Bérenger SAUNIERE. Ils ne découvrent plus la dalle des chevaliers qui avait été déplacée par ce dernier dans le square devant l'église, exposée à toutes les intempéries, au pied du pilier "wisigothique", mais un carrelage posé sur une terre chaulée. Ils retrouvent des ossements et un crâne avec une fente sur le dessus ainsi qu'un foulard de couleur. Pour moi cela prouverait bien une présence mérovingienne à Rennes, ce qui est tant discutée.

Cette découverte avait frappé les imaginations au village.

A priori, ils n'avaient rien découvert d'autre. Mais au lieu de remettre tout en place, il a emmené le crâne pour l'exposer dans l'officine de l'un d'entre eux qui était pharmacien. C'est la première épine qu'endure mon père, ce crâne aurait du être remis en place ou restitué au village (5).

Par la suite, messieurs DESCADEILLAS et COTTES ne se signaleront plus par leurs fouilles. Mais petit à petit arrivent à Rennes le château des passionnés et des illuminés. Ils logent tous à l'hôtel de la Tour. Monsieur Noël CORBU était un excellent orateur, et ils les aiguillent dans leurs des recherches. Ils ont presque tous fini par prendre la pioche et c'est là qu'ont vraiment commencé les problèmes pour l'église.

On s'est en effet rapidement aperçu que celle ci était visitée la nuit. La serrure a été changée, mais cela n'y a rien fait et les fouilles nocturnes ont continuées. Nous allions taper sur la porte, et les lumières visibles de l'extérieur s'éteignaient. Dans le village on trouvait que cela commençait à devenir sérieux. Mais comme je vous l'ai dit précédemment, les gens d'ici travaillaient le jour et avaient peu de temps à consacrer à ces individus la nuit, ne serait ce que pour se reposer.

Remarquez que le jour aussi on avait des problèmes. Cette église qui était habituellement ouverte et sans surveillance les journées, on a finalement été obligé de la fermer. Cela a posé des problèmes aux gens du village qui avaient des devoirs religieux à remplir.

Puis M. Roland DOMERGUE est arrivé. Mon père commençait à être prudent avec les chercheurs. Monsieur DOMERGUE nous a expliqué qu'il voulait se consacrer au spiritisme. Je vous avoue qu'à l'époque, nous sommes allés voir dans un dictionnaire au mot "médium", cette personne qui peut faire l'intermédiaire entre les vivants et les morts pour comprendre de quoi il voulait nous parler. Mais même comme cela, on avait encore du mal à le comprendre (rires). C'était un passionné et mon père l'aurait bien éconduit. Mais ma mère souffrait alors de rhumatismes que rien ne pouvait soulager. Il lui a proposé de la "magnétiser" et c'est comme cela que nous avons fait sa connaissance.

Il procédait à ses recherches de la façon suivante. Une femme l'accompagnait, qu'il disait être médium. Il l'hypnotisait, en public d'ailleurs, et je vous laisse imaginer la scène dans le village. Puis elle se dirigeait et "cherchait".

Il a finit par venir nous voir pour nous expliquer qu'il voulait creuser dans notre jardin, celui qui est en face de notre maison, à un endroit que lui avait indiqué cette dame. La première fois, mon père lui a répondu "ce n'est pas le moment de déranger mes poules". Mais il est revenu à la charge plusieurs fois.

Mon père ayant fini par céder à ses demandes, il vient avec cette dame qui stoppe près de l'ancienne église St Pierre, devenu le pressoir communal. Elle décèle une "force terrible qui la stoppe". Monsieur DOMERGUE fouille là à coups de pelle et de pioche et le trou s'approfondit avec force. A la fin, Il finit par déterrer une des betteraves que mon père avait enterrer là pour empêcher qu'elles gèlent ! Je vous laisse imaginer l'hilarité qui s'est emparé du village!

Cela ne l'a pas empêché de continuer ses "recherches" avec son médium. Nous étions un peu dubitatifs car une fois, avançant bras tendus comme une somnambule, elle avait quand même soigneusement évité un champ d'orties !

Voilà le premier contact que nous avons eu avec monsieur DOMERGUE. Il est revenu les années suivantes. Il voudra fouiller en particuliers à côté de la statue de Notre Dame de Lourdes, au pied du pilier. On était en septembre. Comme mon père, en tant que maire, lui faisait remarquer que le trou qu'il projetait de faire ne pouvait se faire dans le chemin, il l'a fait dans l'appentis attenant qui jouxte la villa.

C'est là que le village va vraiment commencer à perdre patience. Il creuse à l'explosif, crève le toit du cabanon et les tuiles volent alentours et retombent n'importe ou heureusement sans blesser personne. Le trou va faire 8 mètres de profondeur. En chemin il rencontre des pierres qu'il croit taillées alors qu'elles sont naturelles. En les suivant, il se trouve que le boyau s'amincit et va vers l'église Marie Madeleine. Mais on a fini par l'arrêter, il aurait mis le bâtiment en péril.

Il revient l'année suivante. Cette fois il va sonder le puits qui est devant chez lui. Il y trouvera une fiole déposée là par des rigolos qui veulent lui faire une farce. Cela marche plutôt bien d'ailleurs puisqu'il décide de placer une charge d'explosifs au fond. Mais le puits agit comme un obusier, la charge de dynamite propulse les débris avec une grande puissance qui finissent par retomber sur le village. Toutes les toitures alentour son touchées parfois par des blocs de pierre énormes. Heureusement il n'y a pas eu de blessés cette fois non plus ! La gendarmerie fait le déplacement, les constats sont rédigés et il remboursera tout le monde et il s'arrêtera là cette année.

Pendant ce temps, la presse écrit des articles, bien encouragée par Noël CORBU. Des gens viennent visiter les lieux, certains célèbres à l'époque comme ANQUETIL ou les Charlots.

Pour en revenir à monsieur DOMERGUE, il revient l'année d'après, mais sans son médium. Il a une nouvelle compagne et il semble vouloir se calmer.

La cinquième année, sachant qu'on ne l'autoriserait plus à fouiller sur le territoire de la commune, Il entreprend de fouiller chez lui. On entendait son compresseur qui tournait jour et nuit ce qui n'était pas fait pour nous rassurer. Dans le square de l'église, les murets commençaient à s'écrouler. On a aussi remarqué que les ramures des arbres semblaient avoir des problèmes et que le baptistère qui se situait à l'entrée du cimetière se mettait à pencher. Bref, on a bien deviné son cheminement souterrain et certaines personnes du village ont finies par faire écrouler la galerie, tout simplement en sautant à pieds joints dessus. C'était sa dernière opération de fouilles. La gendarmerie constata et mon père fit boucher le trou.

Mais suite à tous ces problèmes, et à d'autres, mon père a commencé à faire les démarches pour faire arrêter les fouilles.

89 : Mis à part monsieur DOMERGUE, quels autres chercheurs vous ont marqué ?

GBD : Pendant ce temps, d'autres chercheurs sont arrivés. Monsieur CHÂTILLON par exemple a acheté une autre maison et a mené des recherches pour essayer de repérer d'éventuels souterrains. Lui était un "technicien". Il utilisait du matériel électronique et n'a pas posé de réels problèmes. Par contre, le résultat de ses recherches n'est pas connu.

89 : Quels problèmes se sont finalement posés ?

GBD : Essentiellement concernant l'église qui continuait à être fouillée. Un tunnel permettait un accès nocturne qui débouchait sur St Jean Baptiste, derrière une tenture. Tous ces faits ont finis par faire arrêter les fouilles au mois de juillet 1965.

89 : Les plus grands saccages infligés au village ?

GBD : Ils ont été nombreux. Mais j'aimerais d'abord insister sur l'aspect psychologique vis à vis de la population qui est très important. Beaucoup sont très attachés à leur village et ont été blessés des déprédations qui ont eues lieu. C'est pour cette raison que le tourisme qui s'est développé autour de cette affaire, le fait souvent en fait contre l'assentiment de la population "ancienne".

Pour en revenir à l'aspect matériel, ces déprédations ont d'abord concernées l'église. Dallage arraché, sols creusés, décors cassés ou volés, comme la statue du diable encore récemment qui a eu la tête arrachée et le bras cassé. Mon père et ses adjoints ont déjà eus beaucoup de problèmes beaucoup de problèmes à leur époque. Le domaine de l'abbé a beaucoup souffert aussi.

Finalement, pour les gens du village, cela faisait un peu l'impression que l'on a lorsque l'on rentre chez sois et que l'on découvre que l'on a été cambriolé.

89 : Ce sont des problèmes qui sont encore posés par les chercheurs de nos jours ?

GBD : Actuellement, je ne sais que penser. Découvrir une crypte sous l'église, sous les auspices de la nouvelle municipalité, serait ce bien ou un mal. Est-ce que cela présenterait un réel intérêt ? Dans tous les cas, arrêtons de fouiller la tour, qui l'a déjà beaucoup été et qui va finir par tomber ! Je comprends que des gens s'intéressent au mystère, mais est ce trop leur demander de ne pas porter atteinte au village et à la tranquillité de ses habitants ?

89 : Pour vous le trésor de Rennes le château, c'est quoi ?

GBD : C'est celui qui est le moins exploité : le passé historique important du village. Il est difficile de se faire une idée de ce qu'a pu être la ville de Rhedae au temps de sa splendeur et de nombreuses questions restent sans réponse. Par exemple, qu'en est-il d'une éventuelle présence mérovingienne. Il y a de nombreux vestiges à étudier, et en particuliers le gisement des oeufs de dinosaures, le premier qui a été trouvé en France, mais qui est malheureusement sur un terrain privé.. Il serait bon d'organiser des fouilles archéologiques sérieuses.

89 : La question que vous auriez souhaité que nous abordions ?

GBD : Pour ma part, nous avons fait le tour.

(1) "Marie d'Etienne, le Trésor oublié", Chronique sur Rennes le château (1998)
(2) "Aïcha, Kabyle au coeur", Chronique sur la guerre d'Algérie (2001)

(3) In : "Les carnets de l'abbé SAUNIERE"

(4) Les trois corps déterrés sont probablement ceux de trois résistant victimes de la seconde guerre mondiale, vers 1944. Leur identité n'a jamais pu être éclaircie, ni les conditions exactes de leur décès. Ils sont enterrés à droite en entrant dans le cimetière.
(5) J'en profite pour lancer un appel à ceux qui sauraient ou se trouve actuellement ce crâne. Sa restitution à la municipalité permettrait que son étude qui promet d'être intéressante.

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