OCTONOVO: M. Le Maire, on
se tutoie ou on se vouvoie pour cette interview?
Jean François L'HUILLIER: Comme
tu veux, on a pris l'habitude de se tutoyer d'habitude.
89: Alors qui es-tu? En tant
qu'ancien chef de corps du 3e RPIMa, certains se demandent
si le maire de Rennes le Château n'est pas là en mission
commandée pour les services spéciaux?
JFL: Je n'ai jamais été chef
de corps du 3e RPIMa. J'en ai été officier supérieur
adjoint (OSA) de 1987 à 1992. Actuellement je suis retraité
comme Lieutenant Colonel et je suis maire de Rennes-le-Château
en tant que simple citoyen.
89: L'histoire ramène toujours
autant de touristes. Ce n'est pas trop dur pour un village
de moins de 100 habitants?
JFL: Il faut considérer deux
époques. De 1955 à 1985, tous les habitants sont en
activité (éleveurs, paysans) et le tourisme crée une
gêne. A partir de 1985, petit à petit une organisation
touristique embryonnaire voit le jour. C'est l'époque
de la montée en puissance des associations. Ce développement
se fait en dehors de la municipalité. A partir de fin
1998, la municipalité décide de gérer elle même son
patrimoine et structure l'accueil, l'organisation et
la gestion de ce véritable patrimoine que représente
le tourisme sur le site.
89: Et les dégradations perpétuelles
dues aux chercheurs?
JFL: Les chercheurs représentent
une corporation à part où chaque thème du mystère a
ses représentants (1). Les
chercheurs d'aujourd'hui ne créent aucune dégradation
au village car leurs recherches comme leurs efforts
portent surtout sur les environs du site. Je pense que
les chercheurs sont nécessaires à l'entretien du mythe.
89: Le pillage archéologique
qui découle des recherches?
JFL: Le pillage archéologique
ne découle pas des recherches des chercheurs. Il a été
rendu possible par une absence totale d'autorité et
de volonté d'organisation.
89: La dégradation du Diable
en 1996?
JFL: Il faut laisser la justice
faire la lumière sur cette affaire et l'enquête suivre
son cours. Personnellement, je n'ai pas la certitude
qu'elle soit le fait de chercheurs.
89: Les sondages récemment effectués
sur le site ont donné quoi?
JFL: La technologie moderne
(échographie de terrain) a permis, sans aucun
dégât, à une équipe d'archéologues canadiens de positionner
sous l'église avec une grande précision, une crypte
et 2 tombeaux largement antérieurs, à leur avis, au
Ve siècle. Les autorités civiles et religieuses
ont été informées de cette découverte. Le conseil municipal
choisira la marche à suivre.
89: Penses-tu que Bérenger SAUNIERE
ait pu avoir connaissance de cela et accès à cette crypte?
JFL: Connaissance oui. Accès
non, car cela se serait vu sur l'échographie du terrain.
89: Penses-tu que ces travaux
vont permettre d'obtenir une autorisation de fouilles
auprès des autorités?
JFL: Il faudra du temps, et
de l'argent. Mais cette découverte sensationnelle qui
nous ramène au début de notre ère, permettra, je l'espère
de démontrer qu'à cette époque, la chrétienté était
déjà bien implantée dans notre région.
89: Et que Rennes-le-Château
était une ville d'importance dans ces temps reculés?
JFL:Non, je ne pense pas que
Rennes-le-Château ait été une ville importante dès cette
époque. Plutôt un lieu de force et de culte. N'oublie
pas la phrase écrite par Bérenger SAUNIERE sur le fronton
de son église. Terribilis est locus iste... Ce
lieu est un lieu de force. La population viendra plus
tard, vers le VIIe, VIIIe, IXe
siècles. Il faudra attendre cette époque pour
trouver des vestiges qui puissent laisser penser à une
forte implantation de population sur le site.
89: Les projets pour l'avenir
de Rennes-le-Château?
JFL: L'obligation était d'abord
d'acquérir le domaine, ce qui est réalisé. La seconde
phase sera de faire comprendre à tous les administrés
l'importance de l'économie touristique dans le développement
de la commune. Créer les espaces d'échange et d'animation,
satisfaire les 70.000 visiteurs annuels et peut être
plus demain... grâce en partie à cette dernière découverte.
89: La question que tu aurais
aimé que je te pose?
JFL: ... Je pense que nous avons
fait le tour.
89: Pour toi, l'histoire de
Rennes-le-Château, c'est quoi?
JFL: C'est une histoire d'amour,
un rêve. Dans tous les coins du monde, j'ai emmené Rennes-le-Château.
Aujourd'hui, retraité, je peux consacrer du temps à
sortir la perle de son écrin.
(1) NDLR: Voir à ce
sujet: Liste des trésors cherchés à Rennes-le-Château
OCTONOVO-Jean-François L'HUILLIER
(Juin 2001) D.R. |